vendredi 9 septembre 2016

Démographie mondiale : la question du siècle ?


Bravo à TV Liberté pour avoir invité un universitaire qui, osant aborder la géographie des populations et sa dynamique, contribuera à rompre le tabou portant sur notre surpopulation et ses conséquences écologiques et sociétales. Puissent, des statistiques démographiques sans humanisme, y acquérir un sens allant au-delà de l’annonce et surtout de l’attente d’une transition démographique d’ampleur mondiale, dont les effets seront désormais insignifiants parce que beaucoup trop tardifs.

Merci à Gilles Ardinat pour ses propos accessibles à tous, et bienvenue au club de ceux qu’inquiète le sort d’une espèce que sa prolifération promet à la submersion par le nombre et aux désastres qui en découleront.


mardi 6 septembre 2016

Condorcet et la surpopulation

« Ainsi, non seulement le même espace de terrain pourra nourrir plus d’individus, mais chacun d’eux, moins péniblement occupé, le sera d’une manière plus productive, et pourra mieux satisfaire à ses besoins.
Mais dans ces progrès de l’industrie et du bien-être, dont il résulte une proportion plus avantageuse entre les facultés de l’homme et ces besoins, chaque génération, soit par le progrès, soit par la conservation des produits d’une industrie antérieure, est appelée à des jouissances plus étendues et, dès lors, par une suite de la constitution physique de l’espèce humaine, à un accroissement dans le nombre des individus ; alors, ne doit-il pas arriver un terme où ces lois, également nécessaires, viendraient à se contrarier ? Où l’augmentation du nombre des hommes surpassant celle de leurs moyens, il en résulterait nécessairement, sinon une diminution continue de bien-être et de population, une marche vraiment rétrograde, du moins une sorte d’oscillation entre le bien et le mal ? Cette oscillation, dans les sociétés arrivées à ce terme, ne serait-elle pas une cause toujours subsistante de misères en quelque sorte périodiques ? Ne marquerait-elle pas la limite où toute amélioration deviendrait impossible, et, à la perfectibilité de l’espèce humaine, le terme qu’elle atteindrait dans l’immensité des siècles, sans pouvoir jamais le passer ?
Il n’est personne qui ne voie sans doute combien ce temps est éloigné de nous ; mais devons-nous y parvenir un jour ? Il est également impossible de prononcer pour ou contre la réalité future d’un événement qui ne se réaliserait qu’à une époque où l’espèce humaine aurait nécessairement acquis les lumières dont nous pouvons à peine nous faire une idée. Et qui, en effet, oserait deviner ce que l’art de convertir les éléments en substances propres à notre usage doit devenir un jour ?
Mais en supposant que ce terme dut arriver, il n’en résulterait rien d’effrayant, ni pour le bonheur de l’espèce humaine, ni pour sa perfectibilité indéfinie ; si on suppose qu’avant ce temps les progrès de la raison aient marché de pair avec ceux des sciences et des arts, que les ridicules préjugés de la superstition aient cessé de répandre sur la morale une austérité qui la corrompt et la dégrade, au lieu de l’épurer et de l’élever, les hommes sauront alors que, s’ils ont des obligations à l’égard des êtres qui ne sont pas encore ; elles ne consistent pas à leur donner l’existence, mais le bonheur ; elles ont pour objet le bien-être général de l’espèce humaine ou de la société dans laquelle ils vivent, de la famille à laquelle ils sont attachés, et non la puérile idée de charger la terre d’êtres inutiles et malheureux. Il pourrait donc y avoir une limite à la masse possible des subsistances, et par conséquent à la plus grande population possible, sans qu’il en résultât cette destruction prématurée, si contraire à la nature et à la prospérité sociale d’une partie des êtres qui ont reçu la vie. »
Condorcet – in Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain. GF Flammarion – Janvier 1988 – Page 283


Condorcet n’a-t-il pas ainsi posé les limites de l’utopie des lumières ? N’aborde-t-il pas en termes plus généraux ; plus intellectualisés et idéalistes ; moins pragmatiquement que son contemporain Malthus, le problème de la surpopulation ? Bien que lorsqu’il parle de la «  puérile idée de charger la terre d’êtres inutiles et malheureux » son vérisme n’ait rien à envier à celui de quiconque.

Pour prétendre à la sagesse qu’elles revendiquent, les religions ne devraient-elles pas s’inspirer de Condorcet, pour se maintenir dans un rapport réaliste avec les capacités de leurs ouailles à comprendre et à vivre temporellement leurs messages ? Et n’en est-il pas de même des politiques, quand ils se laissent dominer par leurs idéaux au point d’en faire des chimères ? Et les sciences humaines n’ont-elles pas pour premier devoir d’entendre un tel avertissement, alors qu’elles sont responsables du tabou dont est frappé tout ce qui touche aux questions de surpopulation ? Faut-il leur rappeler – à commencer par des disciplines comme la démographie ou la sociologie – que “science sans conscience n’est que ruine de l’âme” ?

La croyance de Condorcet, et de tous ceux qui comme lui prêtent à l’homme des qualités, dont les faits jalonnant son histoire et l’état de la planète attestent qu’elles lui manquent foncièrement, n’est que la manifestation d’une inconscience et d’une vanité dont la vie sur terre et tout ce qui la peuple paye le prix.
Pas davantage de droits sans devoirs que de buts sans intelligence, discernement et raison ; le premier objectif de l’homme consistant, non pas à se multiplier mais à atteindre le bonheur (dixit Condorcet), sachant que la forme n’en est pas exclusivement matérielle. C’est à ce titre que le respect de l’environnement est le premier des devoirs de l’homme s’il veut, en n’outrepassant pas ses droits, survivre en tant qu’espèce, et que perdure le degré de civilisation qu’il a été capable d’atteindre.



L’humanité a des devoirs et ne peut impunément les ignorer. Il serait à cet égard intéressant de considérer les outrances dont sont l’objet les valeurs de Liberté, Égalité et Fraternité, que les lumières ont élevées au rang de dogmes – se substituant à d’autres dans la ferveur, ou l’effervescence, révolutionnaire d’une époque –, et ce qu’elles sont objectivement. Mais c’est là une autre affaire, qui pourra faire l’objet d’un prochain article.

lundi 5 septembre 2016

Surpopulation humaine - La cause de tous nos maux

Vient de paraître





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lundi 15 août 2016

Lettre ouverte aux participants à la COP 22

Afin que la question démographique ne soit pas la grande exclue des débats, comme elle l'a été lors des éditions précédentes.


Le réchauffement planétaire, les problèmes énergétiques présents et à venir, le pillage des ressources de la planète, la pollution, les atteintes à l’environnement, la faim dans le monde, les conflits, guerres et violences de toutes sortes, les flux migratoires qui en résultent qu’ils soient de nature ethnique, politique, climatique, économique, etc. avec leur cortège de misères, sont autant d’aspects d’une problématique globale ayant pour cause la multiplication du super prédateur qu’est l’homme.


Nous somme là bien loin de la vision à laquelle Malthus – dont le seul tort est d’avoir eu trop partiellement et trop tôt raison – reconnaissait lui-même le défaut d’être limitée au risque alimentaire. Sa doctrine doit dorénavant céder la place à « l’écologie dénataliste », sans laquelle toutes les tentatives de restauration de notre environnement terrestre sont condamnées à l’échec. À quoi sert en effet le remplacement des énergies fossiles par d’autres – a fortiori renouvelables, ce qui ne peut qu’encourager production et consommation au détriment des velléités les plus sincères de frugalité –, si la prolifération de la population humaine génère des besoins, déchets et désordres croissant avec elle ?

Nous sommes bien loin également de la vision dispersée d’une écologie moderne incapable de synthèse tant elle est prisonnière de politiques qui se la disputent démagogiquement.

1 milliard d’êtres humains en 1900, 7 milliards en 2000, 9 à 10 milliards en 2050 et plus de 11 milliards à l’orée du prochain siècle, suivant une augmentation quotidienne, atteignant à ce jour plus de 280 000 individus. Et 70 % de la population inéluctablement condamnée à une pauvreté qui, pour être relative, n’en demeure pas moins la pauvreté, depuis la pire jusqu’à la moins insupportable ; situation entretenue, voire aggravée par une course à l’emploi faisant que lorsque 100 sont créés dans le monde, 200 demandeurs y prétendent, sans compter les effets du progrès technologique. Avec ou sans pétrole, robots, revenu minimum universel, réchauffement climatique, ... ; ce seront les plus défavorisés qui continueront toujours les premiers et les plus nombreux – Il naît moyennement près de 20 pauvres pour 1 riche – à souffrir de cette évolution, en laissant à d’autres les moindres chances d’aller se réfugier sur Mars pour y échapper.


C’est seulement par la dénatalité qu’il pourra être mis fin, dans des conditions éthiquement acceptables, à cette course au pire, au déséquilibre flagrant et grandissant entre d’une part, une population humaine d’ores et déjà pléthorique, et d’autre part les limites de son habitat, ce qui reste des autres espèces le partageant avec elle, des ressources nécessairement comptées, et une capacité à se gouverner déjà submergée par le nombre et sa cacophonie. C’est la seule chance restant à l’homme d’éviter de se perdre dans ses contradictions, dont l’une des plus flagrantes est bien la course par les uns à de nouvelles sources d’énergie s’opposant objectivement à la décroissance prônée par d’autres – sans compter l’indigence généralisée à laquelle ne peut que conduire cette dernière.

Une seule doctrine, mère et maîtresse de toutes les autres visions du futur des hommes doit présider à celui-ci : la dénatalité. Clé de voûte d’un avenir meilleur offert à une descendance moins nombreuse, pouvant de ce fait continuer à bénéficier d’au moins une part du progrès dont profite encore – pour combien de temps ? – la société. C’est la condition fondamentale d’un développement raisonnable, à défaut de pouvoir être durable et encore moins éternel. Aussi importe-t-il que la démographie ne soit pas la grande oubliée de la COP 22, comme elle l’a été des éditions précédents.

Les représentants de tous les pouvoirs, à qui il arrive d’oublier que l’homme n’est pas seulement chair à production – et à consommation –, ç canons, à boulot, à impôts, à retraites ou à conquêtes spirituelles ou idéologiques, doivent être conscients qu’ils seront jugés – peut-être même de leur vivant, à l’allure où vont les choses. Ils seront comptables devant pauvres et riches, d’un même désastre qui ne sera finalement rien d’autre que démographique.

lundi 27 juin 2016

L'Europe ! l'Europe ! l'Europe ! ...

Ces paroles, que le général De Gaulle associait à l'insouciance d'un cabri, lors d'un entretien télévisé  le 14 décembre 1965, renvoient à la vision qu'il avait de la construction européenne*, vision empreinte de défiance à l'égard de la "perfide Albion", en raison de sa connivence avec les USA –dont il avait fait l'expérience humiliante au temps de la France Libre – et de son opposition séculaire à toute forme d'union continentale européenne. S'il faut bien admettre aujourd'hui que l'entrée et surtout le maintien de l'Angleterre au sein de la communauté ont été des erreurs, déjà chèrement payée par ses partenaires, sa sortie pourrait être un soulagement, en même temps qu'un avertissement de plus à l'égard de la bureaucratie bruxelloise. Effet d'une technocratie encouragée par la pensée dominante ayant envahi les instances de l'UE ou conséquence des excès et maladresses de son ingérence ?
Si le Général a pressenti les conséquences de l'euphorie dans laquelle a été abordée la construction européenne et les désastres pouvant en résulter, dont la démission de l'Angleterre n'est que le pire avatar à ce jour, car c'est bien d'une démission qu'il s'agit, probablement n'allait-il pas jusqu'à concevoir le gaspillage politique le plus stupide et le plus coûteux qu'ait jamais commis un pays, en jetant aux orties des décennies d'efforts et de négociations, ayant au demeurant coûté aux autres davantage qu'à lui-même ?

Quoiqu'il en soit, il n'en demeure pas moins que la pugnacité anglaise ,– que le monde entier lui a toujours reconnu comme la première de ses vertus –, est prise en défaut. Nul ne peut croire que cette nation jette l'éponge face à la technocratie. Elle en vu d'autres ! Ce serait aux yeux du monde entier la fin de cette ténacité qui lui fit bâtir son empire, non seulement colonial mais linguistique et en cela culturel dans tous les domaines ; et depuis les Normands, résister victorieusement aux plus grandes puissances militaires, dans leur intention de l'envahir et de la soumettre. Churchill, emblématique représentant de cette ténacité doit commenter outre-tombe l'événement avec De Gaulle et tous deux y trouver une certaine amertume, eux qui comme personne et chacun dans sa sphère, ont su triompher de la pire adversité.

Il reste en tout cas, qu'à commencer par les plus occidentaux d'entre eux, les autres membres de la communauté européenne sont et seront de plus en plus confrontés aux mêmes problèmes que connaît en tout ou partie le Royaume-Uni. Le chômage sévit ou menace partout, de même que la pauvreté puis la misère qui en sont les prolongements. Il faut à ce propos espérer que ces maux ne seront pas aggravés par la chute spectaculaire de la livre. Des frontières qui n'existent plus, non seulement du fait de Schengen mais par la grâce d'un progrès irréversible qui met à la disposition de tout un chacun des moyens de communiquer et de se rassembler sans limites de nombre, n'importe où en un minimum de temps, ne serait-ce que virtuellement, comme cela se produit en de multiples circonstances ; la menace terroriste croissant et diversifiant ses formes ; des flux de migrants sans précédent, chassés de leurs pays pour diverses raisons dont la première est le surnombre, dérangeant dans leurs habitudes des peuples mal préparés à les accueillir et contribuant à déstabiliser l'opinion ; un discrédit croissant du monde politique, que ses représentants ont le plus grand mal à enrayer et qui contribue au succès des populismes, qu'ils soient de droite comme de gauche ; le tout sur fond de démographie mondiale galopante.

En Europe comme ailleurs les questions de population sont frappées du même tabou, au point qu'elles n'aient pas seulement été évoquées à la COP 21 et qu'il est à craindre qu'il en soit de même à Marrakech en novembre prochain. Pourtant, la démographie n'est pas seulement l'un des multiples problèmes qui sont posé à l'humanité, donc à l'Europe ; ni même leur problème majeur – ce qui laisserait supposer qu'il peut être traité comme et parmi les autres – ; il est, en Europe comme partout dans le monde, le problème central, à l'origine de tous les autres, sans la solution duquel aucun ne pourra être résolu, qu'il soit de nature politique, économique ou sociale.

Il ne faut pas omettre qu'aux époques où Churchill et De Gaulle faisaient preuve de capacités colossales pour extraire leur pays de situations catastrophiques, la population mondiale était : en 1940 de 2.3 milliards d'individus, en 1965 de 3.3 milliards – soit moins de la moitié de ce qu'elle est de nos jours – et qu'elle sera supérieure à 10 milliards au début du prochain siècle. Si par euphémisme ceux qui n'y trouvent rien à redire, considérant que les désordres et violences, de toutes sortes que connaissent la planète et l'humanité sont dus à une mauvaise organisation, une question simple doit leur être posée : qu'est-ce qui peut prendre en défaut une organisation, qu'elle soit bonne ou mauvaise, sinon le nombre augmentant sans cesse de ceux qu'il s'agit d'organiser, et la complexification – non la banale complexité – croissante qui en résulte? D'ailleurs, le triomphe de la technocratie n'est-elle pas le simple résultat du dépassement de nos capacités organisatrices ?

Quand une vague de 280 000 être humains supplémentaires déferle quotidiennement sur terre et que le bureau International du travail déclare qu'il se crée dans le monde entier, environ 50 millions d'emplois par an, que chacun fasse le compte et se demande où sont le problème et sa solution, alors que tous les indicateurs sont au rouge pour ce qui concerne les ressources de la planète. Et une transition démographie à l'échelle mondiale – pour autant qu'elle se produise un jour – interviendra désormais trop tard pour que ses effets modifient de manière déterminante le cours des choses.

Les derniers repères disparaissent, la démocratie est  chaque jour un peu plus l'ombre d'elle-même. Que dire de ces perdants aux référendums : sur le Brexit réclamant une nouvelle consultation, ou au sujet de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, déclarant le jour de leur défaite que "la lutte se poursuit", probablement sans rien changer à leur manière de contester. Le parlementarisme est entraîné partout dans la spirale infernale d'une bureaucratie qui le discrédite en tout, comme la politique de manière plus générale ; le travail est victime, non seulement des attaques dont il est l'objet de toutes parts, que ce soit par des idéologies qui en contestent la valeur et la nécessité, par Internet et les NBIC ** ou, au nom de l'assistanat, par des mesures inappropriées en faveur de ceux qui sont privés d'emplois : contrats illusoires, aides et allocations de toutes sortes ; artefacts inventés par l'impuissance.

Si le Brexit, n'est pas seulement le triste spectacle du repliement sur elle-même d'une nation ayant brillé par son ouverture à toutes les idées et par sa tradition d'accueil, est-il annonciateur de la victoire de Trump aux Etats-Unis ou le Brexit sera-t-il l'antidote du Trumpisme, en cela qu'il pourrait alerter l'électeur américain quant au risque d'un vote dicté par la peur de l'autre ? Les adeptes de la théorie du complot pourraient même y voir une manœuvre fomentée par l'oncle Sam pour s'éviter une épreuve comparable, à une autre échelle cette fois.

Ceci dit et pour en rester au divorce entre l'Angleterre et l'Europe, le dernier mot n'est pas dit, à en croire un gouvernement Britannique qui semble vouloir s'en remettre à son successeur pour concrétiser les résultats du référendum, ainsi qu'aux nombreux partisans sur le continent, qui souhaitent qu'il en soit comme si de rien n'était.


* Voir à ce sujet le site de la fondation Charles De Gaulle à l'adresse suivante :

** La révolution transhumaniste par Luc Ferry - Plon - Avril 2016