Ces
paroles, que le général De Gaulle associait à l'insouciance d'un
cabri, lors
d'un
entretien
télévisé le
14 décembre 1965, renvoient
à la vision qu'il avait de la construction européenne*, vision
empreinte
de défiance à l'égard
de
la
"perfide Albion", en
raison de sa connivence avec les USA
–dont
il avait fait l'expérience humiliante au temps de la France Libre –
et
de
son
opposition
séculaire
à
toute
forme
d'union
continentale
européenne. S'il
faut bien
admettre
aujourd'hui
que
l'entrée
et
surtout le maintien de
l'Angleterre au
sein de la communauté ont
été des
erreurs,
déjà
chèrement
payée par ses
partenaires,
sa
sortie pourrait
être un soulagement, en
même temps qu'un avertissement de plus à l'égard de
la
bureaucratie bruxelloise. Effet
d'une technocratie
encouragée
par la pensée dominante
ayant envahi les instances de l'UE
ou conséquence
des excès et maladresses de
son ingérence ?
Si
le Général a
pressenti
les conséquences de l'euphorie
dans
laquelle
a
été
abordée la construction européenne et les désastres
pouvant en résulter, dont
la démission de l'Angleterre n'est
que
le
pire avatar
à
ce jour,
car
c'est bien
d'une démission qu'il s'agit, probablement n'allait-il pas jusqu'à
concevoir le gaspillage politique le plus stupide et le plus coûteux
qu'ait jamais commis un pays, en jetant aux orties des décennies
d'efforts et de négociations, ayant au demeurant coûté aux autres
davantage qu'à lui-même ?
Quoiqu'il
en soit,
il n'en demeure pas moins que la
pugnacité anglaise ,– que le monde entier lui a
toujours reconnu
comme la première de ses vertus –,
est
prise en défaut. Nul ne
peut
croire que
cette nation
jette
l'éponge
face
à la
technocratie. Elle
en vu d'autres !
Ce
serait
aux yeux du monde entier
la fin de cette ténacité
qui
lui fit bâtir son empire, non seulement colonial mais linguistique
et en
cela culturel dans tous les domaines ; et depuis les Normands, résister
victorieusement aux
plus grandes puissances militaires, dans leur intention de l'envahir
et de la soumettre. Churchill, emblématique représentant de
cette ténacité doit
commenter outre-tombe
l'événement
avec De Gaulle et tous deux y trouver une certaine amertume, eux qui
comme personne et
chacun dans sa sphère, ont
su triompher
de
la pire adversité.
Il
reste en tout cas, qu'à commencer par les plus occidentaux d'entre
eux, les autres membres de la communauté européenne sont et seront
de plus en plus confrontés aux mêmes problèmes que connaît en
tout ou partie le Royaume-Uni. Le chômage sévit ou menace partout,
de même que la pauvreté puis la misère qui en sont les
prolongements. Il faut à ce propos espérer que ces maux ne seront
pas aggravés par la chute spectaculaire de la livre. Des frontières
qui n'existent plus, non seulement du fait de Schengen mais par la
grâce d'un progrès irréversible qui met à la disposition de tout
un chacun des moyens de communiquer et de se rassembler sans limites
de nombre, n'importe où en un minimum de temps, ne serait-ce que
virtuellement, comme cela se produit en de multiples circonstances ;
la menace terroriste croissant et diversifiant ses formes ; des
flux de
migrants
sans
précédent, chassés
de leurs pays pour
diverses
raisons dont la première est le surnombre,
dérangeant
dans
leurs
habitudes des
peuples mal
préparés à les accueillir
et contribuant
à déstabiliser
l'opinion ;
un discrédit
croissant du monde politique, que ses représentants ont le plus
grand mal à enrayer et qui contribue au succès des populismes,
qu'ils soient de droite comme de gauche ; le tout sur fond de
démographie mondiale galopante.
En
Europe comme ailleurs les questions de population sont frappées du
même tabou, au point qu'elles n'aient pas seulement été évoquées
à la COP 21 et qu'il est à craindre qu'il en soit de même à
Marrakech en novembre prochain. Pourtant, la démographie
n'est pas seulement l'un des multiples problèmes qui sont posé à l'humanité,
donc à l'Europe ; ni même leur problème majeur – ce qui
laisserait supposer qu'il peut être traité comme et parmi les
autres – ; il est, en Europe comme partout dans le monde, le problème central, à l'origine de
tous les autres, sans la solution duquel aucun ne pourra être
résolu, qu'il soit de nature politique, économique ou sociale.
Il
ne faut pas omettre qu'aux époques où Churchill et
De
Gaulle faisaient preuve de capacités colossales
pour extraire leur pays de situations
catastrophiques, la population mondiale était : en 1940
de
2.3
milliards d'individus,
en 1965
de
3.3 milliards –
soit moins de la moitié de ce qu'elle est de nos jours –
et
qu'elle sera supérieure
à 10 milliards au début du prochain siècle. Si
par euphémisme ceux qui n'y trouvent
rien à redire,
considérant
que les
désordres et violences, de toutes sortes que connaissent la planète et
l'humanité sont
dus
à une
mauvaise
organisation, une
question simple doit leur
être
posée : qu'est-ce
qui peut prendre en défaut une organisation, qu'elle
soit bonne ou mauvaise, sinon
le nombre augmentant
sans cesse de
ceux qu'il s'agit d'organiser, et
la complexification – non la
banale complexité
– croissante qui en résulte?
D'ailleurs,
le
triomphe de la
technocratie
n'est-elle
pas
le
simple résultat
du dépassement de nos capacités organisatrices ?
Quand
une vague de 280 000 être humains supplémentaires déferle
quotidiennement sur terre et que le bureau International du travail
déclare qu'il se crée dans le monde entier, environ 50 millions
d'emplois par an, que chacun fasse le compte et se demande où sont
le problème et sa solution, alors que tous les indicateurs sont au
rouge pour ce qui concerne les ressources de la planète. Et une
transition
démographie à l'échelle mondiale – pour autant qu'elle se
produise un jour – interviendra
désormais
trop
tard pour que ses effets modifient de manière déterminante le cours
des choses.
Les
derniers repères disparaissent, la démocratie est chaque
jour un peu plus
l'ombre d'elle-même. Que
dire de ces perdants aux référendums : sur le Brexit réclamant
une nouvelle consultation, ou au sujet de l'aéroport de
Notre-Dame-des-Landes, déclarant le
jour de leur défaite que
"la lutte se poursuit", probablement
sans
rien changer à leur manière de contester.
Le
parlementarisme est entraîné partout dans la spirale infernale
d'une
bureaucratie qui le discrédite en tout, comme
la politique de manière plus générale ;
le
travail
est victime, non
seulement des attaques dont il est l'objet de toutes parts,
que
ce soit par des idéologies qui en contestent la valeur et
la nécessité,
par
Internet et les NBIC ** ou,
au
nom de l'assistanat,
par des
mesures inappropriées
en
faveur
de ceux qui sont privés d'emplois : contrats
illusoires, aides
et allocations de toutes sortes ; artefacts
inventés
par l'impuissance.
Si
le Brexit, n'est pas seulement le triste spectacle du repliement sur
elle-même d'une nation ayant brillé par son ouverture à toutes les
idées et par sa tradition d'accueil, est-il annonciateur de la
victoire de Trump aux Etats-Unis ou le Brexit sera-t-il
l'antidote du Trumpisme, en cela qu'il pourrait alerter l'électeur
américain quant au risque d'un vote dicté par la peur de l'autre ?
Les
adeptes de la théorie du complot pourraient même y voir une
manœuvre fomentée
par l'oncle Sam
pour s'éviter une épreuve comparable, à une autre échelle
cette fois.
Ceci
dit et
pour en rester au divorce entre l'Angleterre et l'Europe, le dernier
mot n'est pas dit, à en croire un gouvernement Britannique qui
semble
vouloir s'en remettre
à son successeur pour concrétiser les résultats du référendum,
ainsi
qu'aux
nombreux partisans sur le continent, qui
souhaitent qu'il en soit comme
si de rien n'était.
*
Voir
à ce sujet le site de la fondation Charles De Gaulle à l'adresse
suivante :
** La révolution
transhumaniste par Luc Ferry - Plon - Avril 2016
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Pour en permettre le suivi, seuls les commentaires signés ou sous pseudo, et rédigés en français et en anglais seront publiés après modération.