Toutes
les vérités ne sont pas bonnes à entendre, surtout quand elles
heurtent l’idée que nous avons de nous-mêmes. C’est ainsi que
nous préférons ignorer qu’avant toutes opinions, croyances et
autres considérations, l’homme est un consommateur*. Il est même
permis de se demander si, porté par cet insatiable besoin
d’améliorer sa condition et celle de sa descendance – ce qui le
distingue le plus des autres espèces animales – l’homme met
l’économie au service de sa vie ou sa vie au service de
l’économie. N’est-il pas curieux d’observer en effet que les
sociétés structurées, depuis celles des fourmis ou des abeilles
jusqu’à celle des humains, sont moins organisées dans l’intérêt
et le respect de la vie de ceux dont elles sont faites que dans le
but d’augmenter constamment leur richesse ? Concernant la
société des hommes, il suffit de considérer ses dépenses
d’armement et de santé, respectivement de 8,5 à 9 % et de
2,5 à 3 % du PIB mondial 2016, pour s’en rendre compte.
Par
ailleurs, s’agissant de celles de santé, ces dépenses dont
l’objet est la protection de la vie et l’allongement de sa durée,
sont révélatrices d’un “marché”, avec sa demande émanant
d’une population croissant sans cesse, et son offre, faite de
produits, équipements et services y répondant depuis et même avant
la naissance de chaque consommateur jusqu’à sa mort, y compris
cette dernière, le marché du funéraire étant tout sauf anodin.
C’est
ce qui explique que l’homme soit le premier prédateur de la
planète, avec pour corollaire le mercantilisme et ce qui peut en
résulter chez certains, en termes vénalité. Et ceci n’est pas
l’apanage des riches. Les besoins des hommes, qu’ils soient
vitaux ou superflus, innés ou inventés, sont inversement
proportionnels à la richesse de chacun. Qui sont en effet, ceux qui
ont le plus à demander à la vie, sinon ceux qu’un sort aveugle a
fait naître nécessiteux ? Qui sont ceux que les hasards de
leur naissance les ayant condamnés à être des consommateurs
rationnés, ont pour première ambition d’augmenter leur ration ?
C’est
ce “toujours plus” qui conduit l’homme, depuis qu’il existe,
à chercher et cultiver une richesse arrachée sans discernement à
la planète qui l’abrite. Mais il faut penser que c’est cet
appétit qui a valu à l’humanité entière le progrès et
l’amélioration de sa condition au cours des siècles, quel que
soit le prix payé pour cela par son habitat qu’est la Terre et
l’inéquité d’une répartition qui doit à la structure
incontournablement pyramidale de la société, infiniment plus qu’à
l’égoïsme ou au marasme des uns et des autres.
Trop
facile de “cracher dans la soupe” – avec pour seul résultat
qu’elle en devienne immangeable pour tous – en s’imaginant
qu’il suffise pour y changer quoi que ce soit, de gémir sur son
propre sort et pour se donner bonne conscience de compatir à celui
de plus pauvre que soi ; le comble étant de se plaindre en
s’identifiant aux plus miséreux, tout en encourageant la
prolifération d’une espèce dont les pauvres (relatifs) se
reproduisent à une vitesse qui est 6 fois celle des riches.
Dans
de telles conditions, seule la charité, ou la solidarité, qui n’en
est que le nom laïcisé, peuvent pondérer les effets d’une
structure sociale inexorable. Mais encore faudrait-il, pour être
efficaces et durables, que leur manifestation première soit
d’encourager et d’aider tous les hommes à limiter et stabiliser
leur nombre. Qui se plaindra que ce faisant le nombre de pauvres
diminue plus que celui des autres catégories sociales, sachant que
la naissance de chacun est une condamnation à vivre – sauf
rarissime exception –, le sort de ceux qui lui ont donné la vie.
D’autant que les besoins des plus démunis ont d’autant moins de
chances d’être pleinement satisfaits que leur nombre croît, quels
que soient les efforts de frugalité qui puissent être obtenus de
ceux qui consomment le plus. À quoi sert de réduire la consommation
de 7, 8 ou 9 milliards d’être humains aujourd’hui, quand leur
population est vouée à dépasser les 11 milliards dans moins d’un
siècle, dans un monde aux ressources nécessairement limitées et
déjà largement réduites ?
* «
Tout être humain est avant toute autre activité ou toute autre
opinion un consommateur » (Gaston Bouthoul
in Traité de sociologie, tome II, p. 180 - Payot 1968.)
Lire : “Précis de pyramidologie sociale”

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