Quelle
que soit l’idée que chacun puisse se faire de la justice sociale,
nul ne peut être indifférent au fait que vingt siècles après la
naissance de la civilisation occidentale, le nombre de pauvres
profonds dans le monde soit devenu plusieurs fois ce qu’était la
population humaine totale de la planète, toutes
conditions confondues et quel que soit le nombre de ceux qui
échappent de nos jours à la misère. D’autant que cette même
civilisation a vu se développer un progrès scientifique et
technique qui a considérablement changé les conditions d’existence
du plus grand nombre, partout dans le monde.
Mais
se satisfaire de ce constat pour prétendre en changer les effets ne
suffit pas. C’est ignorer d’une part l’aspiration de chacun à
améliorer sa condition et d’autre part le fait que richesse et
pauvreté existant l’une par l’autre, chacun est le riche ou le
pauvre de plus pauvre ou de plus riche que lui. Là est
ce qui rend les
inégalités sociales inéluctables,
tout
en
renvoyant aux termes de l’équation à
résoudre pour les
réduire autant que possible ;
les
termes de cette équation étant les suivants :
-
Richesse
collective de l’humanité,
entendue
comme la somme des richesses
naturelles et résultant de l’ensemble des activités et
autres apports de
tous les membres de la société.
À
noter le
qualificatif de
naturelles,
qui
souligne
le fait que la richesse de
la collectivité
n’est
pas le fruit
de la
seule activité de ses membres, mais inclut ceux
de la prédation, irréversible,
qu’ils exercent sur leur milieu
et leur environnement,
que
ce soit ou non pour alimenter leurs activités.
-
Population
humaine concernée,
dans
son intégralité,
par le partage de cette richesse collective.
-
Activités nécessaires à la satisfaction des besoins de
l’ensemble de la population ; « Tout
être humain [étant] avant toute autre activité ou toute autre
opinion un consommateur » (Gaston Bouthoul in Traité de sociologie,
tome II, p. 180 - Payot 1968.), la condition sociale de l’être
humain est le fruit de la relation existant entre ses besoins –
vitaux et superflus, puisqu’à la différence des autres animaux
l’homme s’en invente – et les innombrables activités notamment
économiques, contribuant à l’accroissement incessant de la
richesse collective.
-
Caractère incontournablement pyramidal de toute organisation
hiérarchisée comme l’est la société humaine,
Plus
les être humains sont nombreux, – ce qui est le cas depuis qu’ils
existent –, plus l’économie est prospère et plus s’accroît
l’enrichissement collectif, les plus riches étant par définition
les premiers servis. C’est ainsi que s’est développée jusqu’à
la démesure le triptyque “Population-Économie-Richesse” ainsi
que le volume de la pyramide sociale en représentant le peuplement,
entraînant l’éloignement incessant de son sommet par rapport à
sa base, le creusement des inégalités entre riches et pauvres
augmentant d’autant. Ceci se démontre méthodologiquement*, n’en
déplaise aux tenants de la vision aussi réductrice que romantique
qu’a proposé Marx de l’opposition entre riches et prolétaires,
vision à laquelle se réfèrent depuis, avec davantage d’obstination
que de discernement, autant les partisans du capitalisme que ceux de
la lutte des classes.
Avec
l’augmentation
prévue
de
la population mondiale (cf.
projections de l’ONU),
les
inégalités
sociales
ne
pourront
que
se
creuser
encore,
du
fait de la
globalisation
inexorable
de la société.
La pauvreté
étant infiniment plus facile à partager que la richesse, les
flux migratoires qui se sont maintenant solidement établis, sont
irréversibles et ne
feront
que
gonfler, les
nations ne
pouvant
indéfiniment
rester
indifférentes au sort de
populations pléthoriques
fuyant
les
désordres et violences de toutes natures : politique,
religieuse, ethnique, économique, climatique, etc.
qui
s’amplifient et se multiplient partout
dans le monde. Tous les pays seront concernés,
les politiques et les digues les plus protectionnistes étant vouées
à céder sous la force de la déferlante démographique à
attendre spécialement
d’Afrique, continent dont la population miséreuse
est
appelée à doubler avant
la fin du présent siècle.
Et
s’il
est
encore
possible
de limiter les inégalités sociales et d’en compenser les effets,
autrement
que par
des
moyens comme la redistribution
par
l’impôt notamment, sachant
qu’il
s’agit
là
de
palliatifs toujours insuffisants
et
qui ne
changent rien aux
causes fondamentales de ce qu’ils combattent, nous
devons être conscients du fait que l’origine
de tous les maux sociaux dont souffre l’humanité est avant tout
d’ordre démographique. L’effectif de l’humanité n’a jamais
été régulé au-delà de ce qu’ont pu provoquer les guerres et
les épidémies petites et grandes, contrairement à ce qu’il en a
été pour d’autres espèces peuplant la planète, placées sous le
régime de la sélection naturelle, parfois avec l’aide de l’homme
qui aurait été avisé de penser à lui-même. Mais rares sont les
leaders politiques qui ont le courage d’aborder cette question, et
inexistants les responsables religieux à qui le dogme interdit d’en
traiter, les uns et les autres étant au demeurant plus soucieux du
nombre de leurs fidèles et électeurs que de leur bonheur.
Sans
compter la réponse qu’attendent dorénavant un environnement
saccagé et pillé, une biosphère vouée à une déséquilibre
compromettant la survie de toutes les espèces, ainsi que des
ressources en voie d’épuisement, une population moins nombreuse
aurait pour effet la réduction de ses besoins et par conséquent
celle de sa production et de son enrichissement. C’est seulement
sur ces bases que pourrait être obtenu le rapprochement de la base
et du sommet de la pyramide sociale, exprimant une réduction des
écarts de richesse, donc des inégalités sociales, et que l’effet
de celles-ci pourrait être corrigé, dans les conditions d’une
meilleure gouvernance à tous les niveaux de la société.
Certains
prônent la frugalité pour tous dans une société dont la
démographie est abandonnée à une hypothétique transition par
laquelle la population mondiale décroîtrait d’elle-même après
être passée par un maximum au cours du siècle prochain. Mais ils
sont en retard d’un train, l’humanité ayant consommé à
mi-année 2018 plus de la moitié de ce que la nature avait à lui
offrir pour l’année entière et cette situation s’aggrave
d’année en année. Il y a par ailleurs lieu de tenir compte de
l’aspiration de l’homme à améliorer sa condition et celle de
ses enfants, espérant en cela dans le progrès et visant les
conditions de vie des mieux lotis que lui-même et non celles des
plus pauvres. En tout état de cause, à quoi servirait l’effort de
frugalité d’une population qui croîtrait sans cesse ?
Les
inégalités sociales sont avant tout liées à notre démographie et
leur réduction passe par une dénatalité qui s’impose au monde,
massivement et d’urgence, pour bien d’autres raisons mettant en
cause la survie de l’espèce humaine. Ceci requiert en premier lieu
une prise de conscience générale, ce qui est loin d’être le cas,
et un effort d’éducation sans précédent partout où règnent les
taux de natalité les plus élevés, effort au demeurant déjà
largement engagé par diverses associations et institutions. Faute de
cela, avec 280 000 terriens qui s’ajoutent quotidiennement à la
population terrestre, alors que nous sommes actuellement près de 8
milliards, nous serons 9 milliards dans 25 ans et plus de 11 au début
du prochain siècle, avec les déséquilibres sociaux dont chacun
peut imaginer les conséquences désastreuses, au détriment premier
des plus défavorisés, pour des raisons découlant encore de cette
inégalité sociale à laquelle nous condamnent les hasards de notre
condition.
*Pour
toutes précisions, notamment d’ordre méthodologique,
