Pour une écologie dénataliste
Contre une
démographie sauvage et la pauvreté
Cette conscience de sa condition, qui différencie
l'homme des autres espèces animales est de plus en affirmée, par
ces temps d'information à outrance à laquelle n'échappent pas ceux
qui vivent dans la précarité. Probablement est-ce ce qui motive la
montée des revendications de toutes sortes partout dans le monde,
les effets de la compassion, de la charité, de la solidarité, étant
encore loin de faire oublier le mirage de la lutte des classes. Comme
l'écrivait Paul Valéry, s'il est vrai que l'homme est davantage
préoccupé par ce qui devrait être que par ce qui est – au point
que nombre de politiques puissent fonder leur succès sur la promesse
d'un réenchantement du rêve
d'une société plus juste –, les réalités de la condition
humaine demeurent, en dépit des incontestables bienfaits du progrès.
Si à l’aube de notre ère la Terre était
peuplée d’environ 250 millions d’êtres humains, elle en
comptera bientôt 10 et plus, dont 2 vivront dans un état de
pauvreté profonde. Avec la complicité des pouvoirs religieux comme
laïcs, un progrès effréné a créé, en un peu plus de 20 siècles,
près de 10 fois plus de miséreux qu’il y avait d’individus de
toutes conditions sur Terre. Et chaque jour 250 000 êtres humains
s'ajoutent à la population terrestre. Or, en raison de la structure
incontournablement pyramidale de la société, par l'effet d'une
fatalité qui les fait naître ce qu'ils sont, et de taux de
natalités atteignant 3 à 4 fois ceux des riches, la grande majorité
(70%) de ces nouveaux arrivants, sont des pauvres (dont les pauvres
profonds) qui viennent s'ajouter à ceux qui occupent déjà la base
de notre pyramide sociale.
S'il n'est réellement de richesse que d'hommes,
cet homme ne vaut-il pas mieux que cette situation et que l'avenir
détestable qu'il se promet si rien n'est fait pour y mettre fin ?
Les pauvres peuvent-ils continuer d'être les victimes d'un mécanisme
infernal, tout en étant les premiers pourvoyeurs des moyens humains
qui en constituent le moteur ? Se plaindre d'être les esclaves de la
société tout en se multipliant et en condamnant ses descendant au
même sort n'est-il pas un comble ? Toujours est-il que les plus
déshérités d'entre nous continuent à être toujours plus nombreux
à alimenter ce brasier du développement qui nous dévore tous –
en même temps que notre planète – et dont le profit, comme par
convection, va d'abord à ceux qui président à leur destin.
La poursuite du progrès au détriment des
conditions d'existence d'un nombre croissant d'individus doit cesser.
Pour l'amélioration du sort de tous et le retour à des conditions
environnementales aussi durablement viables que le permettront les
restes des ressources de la planète, le devoir prioritaire de la
société est désormais d'aider par tous les moyens, pourvu qu'ils
soient dignes, l'homme à limiter sa fécondité, sachant que par
simple effet de proportion, les plus déshérités seront les plus
nombreux à en bénéficier.?
Même s'il émerge avec quelques années de retard
et qu'il y ait peu à attendre de son manichéisme, le débat qui
agite le pouvoir en France bien après qu'il ait commencé en
d'autres lieux, concernant le choix entre croissance et son
contraire, est probablement à compter parmi les signes de la
modération qui s'impose. « Il ne sert strictement à rien de créer
100.000 nouveaux emplois si, en même temps, apparaissent 100.000
[150 000] nouveaux candidats sur le marché du travail ... Une
récente étude d'une université américaine prévoit que 50% des
emplois seront, d'ici 20 à 30 ans, occupés par des robots. Ce qui
signifie que nous nous retrouverons avec 50% de travailleurs
[supplémentaires] en trop. C'est donc une erreur de croire qu'il
nous faut faire plus d'enfants pour payer nos pensions. Au contraire,
moins nombreux seront nos enfants, plus ils seront riches … et donc
plus élevées seront nos pensions. »
www.one.baby.fr (Lettre ouverte).
Naître moins nombreux ou vivre moins vieux, tel a
été le choix qui a été offert aux hommes durant les deux derniers
siècles. Ils l'ont ignoré en laissant s'emballer une croissance
économique et démographique que ne maîtriseront dorénavant pas
davantage la superstition que les idéologies et postures politiques.
Certes, les effets cruels du vieillissement de la population
attendent la société, mais ce sera le prix à payer pour une
négligence coupable de la plupart des élites, véritable crime
contre l'humanité dont elles auront à répondre devant les
générations futures.
C’est avec une population drastiquement réduite,
par la seule dénatalité, autorisant la maîtrise et le dosage de
ses efforts de productivité en mettant sa créativité au service du
mieux plutôt que du toujours plus, que la société produira moins,
consommera moins et gaspillera moins. C'est aussi par une population
moindre que le nombre de pauvres se réduisant proportionnellement à
leur place dans une pyramide sociale moins peuplée, l’équilibre
social, détruit avant tout par un surnombre devenu ingouvernable,
pourra se rétablir. C’est notre seule chance, quels que soient
notre place et notre rôle dans cette société, de continuer à
bénéficier de l’essentiel des avantages que le progrès nous a
procurés au cours des siècles et dont nous avons abusé et
continuons stupidement d’abuser, au point de mettre la planète
elle-même en péril.
Le poids de la pauvreté étant moindre, la
société ne pourra qu’y gagner en efficacité dans son rôle
civilisateur renouant avec un humanisme que lui ont fait perdre de
vue autant l'humanitaire, dans son combat contre une injustice
sociale incontournablement structurelle, que le matérialisme.
Relâchant sa pression sur ses forces vives pour les laisser remplir
leur rôle moteur d’intérêt général, qui est d’œuvrer à
l'épanouissement des hommes – à ne pas confondre avec leur
confort – ce sera privilégier la qualité, la richesse, le
progrès, la civilisation, en mot la vie, telle que nous la
souhaitons plutôt que comme elle s'impose dans son exubérance.
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