Éditions
Sang de la Terre - 1er trimestre 2014
Plutôt que de prétendre, dans sa présentation, qu'il vient combler
un manque, alors que contradictoirement certains de ses précurseurs
y sont cités, n'eut-il pas été plus juste et modeste de dédier ce
recueil à ceux qui de tous temps, et particulièrement depuis la fin
du dernier siècle, n'ont pas cessé de dénoncer une situation qui
ne fait qu'empirer. En dépit de l'insouciance générale à l'égard
de notre sort dans laquelle nous vivons et de l'impassibilité avec
laquelle les pouvoirs persistent à diriger nos consciences et nos
actes, nous ne devons en effet pas davantage oublier les messages de
nos sonneurs de tocsin nationaux comme Gaston Bouthoul, Jean Dorst,
Alfred Fabre-Luce, Albert Jacquard, Alfred Sauvy, etc. que les
avertissements de Kofi Annan, Secrétaire général des Nations Unies
(1997 - 2006) : « Si nous continuons dans cette voie, si nous ne
faisons rien pour enrayer l'accroissement de la population, nous
allons en payer le prix, nous allons nous retrouver dans un monde
surpeuplé. La démographie a un impact sur le développement
économique, sur l'environnement et sur les ressources de la Terre
qui sont limitées.» ; ou du Rapport 2009 du Fonds des Nations Unies
pour la Population ; « L’effort à long terme nécessaire pour
maintenir un bien-être collectif qui soit en équilibre avec
l’atmosphère et le climat exigera en fin de compte des modes
viables de consommation et de production, qui ne peuvent être
atteints et maintenus que si la population mondiale ne dépasse pas
un chiffre écologiquement viable.»
Comme l'écrivait Jean Fourastié ("Ce
que je crois" - Grasset 1981), autre prémoniteur : « la
condition humaine est bien la dernière des préoccupations de
l'homme. » Mais n'est-ce pas l'expression de la sagesse populaire,
considérant que comme toute chose peuplant l'univers, notre Terre
aura une fin et peut-être avant elle, au moins quelques unes des
espèces qui la peuplent ? La mort de notre civilisation s'inscrit
normalement dans ce destin, avec d'autant plus de certitude et de
rapidité que nous aurons abusé de l'hospitalité de notre planète
; et pour peu qu'ils ouvrent les yeux, les plus bornés d'entre nous
entrevoient le terme de son pillage. Pourquoi dès lors se préoccuper
d'un avenir aussi inéluctable ? Peut-être est-ce la raison pour
laquelle certains des auteurs de ce livre ne jugent pas utile d'aller
au-delà de leur vision personnelle et restreinte de ce qui est en
train de se produire.
Jean Fourastié pensait aussi (même
source que ci-dessus) que ce qui manque le plus à l'homme est la
synthèse. Or ce livre le confirme, dans la diversité des points de
vue qu'il offre, agrémentés pour quelques uns d'exercices de style
et d'évocation des clivages droite-gauche, homme-femme,
riches-pauvres ; d'accusation des multinationales, (comme si elles
n'étaient pas des structures nées de notre prolifération), etc.
ainsi que de quelques actes de repentance, tribu payé à la pensée
unique. Si l'écologie n'est pas plus de droite que de gauche, nous
pouvons hésiter dans l'attribution de l'abus démographique à
l'homme ou à la femme (la procréation se pratiquant à deux, n'en
déplaise à certains) ; nous pouvons en accuser le collectivisme
plutôt que le libéralisme et inversement, etc. mais une chose est
certaine : au sein d'une pyramide sociale qui n'a cessé de
s'atrophier au cours des dernières décennies, par simple effet de
proportion, les pauvres seront les plus concernés par une réduction
de la population, quelle qu'en soit l'ampleur. Ce sera en tout état
de cause une grande victoire dans la lutte contre la pauvreté mais
le bât blesse, car la régulation qui s'imposera d'elle-même si
nous ne sommes pas capables d'y procéder à temps avec un minimum de
sagesse, fera fi de toutes considérations d'ordre social et même
humanitaire, ce qui nous promet le pire.
Pour plus de précision quant au
caractère décalé des préoccupations de certains auteurs,
peut-être est-il bon de rappeler quelques lignes de "La bombe
"P", de Paul Ehrlich (p.75-76 - J'AI LU - Flammarion -
1976) : «Vous remarquerez que, dans mon exposé sur l'environnement
humain, je me suis abstenu d'évoquer les thèmes habituels de la
protection de la nature. Je n'ai pas versé de larmes sur la
disparition des colombes voyageuses, ni sur celle, très proche, des
condors californiens. Pas de larmes pour eux, donc, ni pour le grand
pingouin ou le mammouth ou les grands troupeaux de bisons ou l'ours
grizzli de Californie ou le perroquet de Caroline. Je n'ai pas parlé
d'eux, ni du charme, de la beauté, de la magnificence même, de bien
des paysages. Au lieu de cela, je me suis limité à des faits
concernant directement l'homme. La raison en est simple : malgré
tous leurs efforts, toute leur propagande, tous les beaux articles et
toutes les belles photos, ceux qui se préoccupent seulement de
protection de la nature sont battus d'avance. Et cela pour deux
raisons. La première, évidente : l'explosion démographique
entraîne irrémédiablement le "développement à tout prix".
La seconde, c'est que nos [semblables] s'en moquent. Ils n'ont jamais
entendu parler du condor de Californie ou du milan des Cévennes et
ne s'attristent pas de leur disparition. Ils se disputeront plutôt
le privilège de tirer sur les derniers. La vérité est que nous
sommes de deux espèces. Un petit nombre se dévoue à la cause de la
préservation de la beauté et de la nature. La majorité (permis de
chasse en poche) concourt à sa perte, ou se montre en tous cas
indifférente à son égard. Les premiers n'auront pas besoin d'être
convaincus, et ce n'est pas en parlant aux autres de beauté, ou en
faisant appel à un sentiment de compassion pour nos amis les animaux
... qu'on ébranlera des attitudes traditionnelles. ...
La chaîne des causes et des effets
destructeurs remonte à une cause première ... : trop de monde sur
terre. »
En d'autre termes, ou en résumé, il
est plus que temps que chacun sorte du cadre ambigu et limité de ses
préoccupations personnelles, pour œuvrer à cet objectif
synthétique, urgent, prioritaire et déterminant, qu'est la
dénatalité. Le reste suivra.
Comme l'écrit encore Paul Ehrlich : «
... avec, disons, une population mondiale de cinq cents millions
d'hommes (rappelons que la terre ne comptait encore que 3 milliards
d'humains lorsqu'il s'exprimait), moyennant quelques changements
radicaux dans le rythme d'utilisation et la répartition des
ressources mondiales, on résoudrait sans doute la crise écologique.
»
"Moins nombreux, plus heureux"
est donc un cri d'alarme de plus, auquel la préface d'un "Chevalier
vert" n'ajoute pas grand chose, sinon que l'instinct du
politicien le conduisant à toujours voler au secours de la victoire,
il pourrait s'en déduire un supplément d'espoir – bien que
l'intéressé ne se soit jamais distingué par la vigueur de ses
prises de position concernant la dénatalité. De ce seul point de
vue, le sous-titre de l'ouvrage n'eut-il pas justifié une inversion
des priorités qu'il énonce pour devenir "L'urgence
démographique de repenser l'écologie"
Quelles que soient leurs postures, leur
résistance ou leurs protestations, ce sont les pouvoirs religieux,
politiques et scientifiques qui ont entraîné la société au point
d'irresponsabilité et d'inconscience où elle en est en matière de
prolifération et ce ne peut être que d'eux que viendrait un sursis
à son sort, au demeurant inéluctable. Aucune manifestation allant en
ce sens ne doit donc être négligée, pour autant que les
responsables – à tous les niveaux – de ces pouvoirs soient
capables de pondérer leurs certitudes et acceptent de les soumettre
aux réalités incontournables du nombre.
NB - Étrangement plus soucieux de photocopillage que de la propagation des messages dont il est porteur, "Moins nombreux, plus heureux", interdit par son copyright toute reproduction de son contenu, ce qui explique que la présente note de lecture soit privée des extraits et citations dont elle aurait pu s'étayer.
Immense Merci...
RépondreSupprimerVHEMT