Le
revenu universel sera inconditionnel ou ne sera qu'une figure de plus
de cette rhétorique de la lutte des classes, désormais bréviaire
de la pensée dominante. Ses adeptes semblent en effet trop
aveuglément acquis à son principe pour se résoudre à une
évidence : les inégalités sociales ont
toujours augmenté avec la prospérité du binôme
démographie-économie, exponentiellement depuis la première
révolution industrielle et le marxisme qu'elle a vu naître. Que lui
soit abusivement attribuée une amélioration incontestable de nos
conditions de vie qui doit tout au progrès scientifique et technique
n'y change rien. La rémanence de revendications sociales qui
s'expriment depuis des millénaires est au contraire la preuve de son
impuissance à procurer la justice ou pour le moins l'égalité
qu'elle promet.

En
dépit des sentiments que peut inspirer l'iniquité qui y règne, nul
n'a en
effet les pouvoir
de modifier durablement
une
structure sociale
dont
le
caractère pyramidal
est
dû à
l'altérité
génétique et sociale
de ceux qui la composent.
Une
minorité de riches
y
bénéficient
d'une
abondance sans limites alors qu'une
immense majorité est
condamnée
à la
pauvreté, voire à un
dénuement total
semblant
irréversible
pour les plus déshérités.
Nous
pourrions
pourtant
modifier cette
situation,
simplement
en
élevant
l'ensemble de notre pyramide sociale
par
rapport à
l'échelle
de richesse collective à
laquelle
elle est
associée,
plutôt
que de
chercher
obstinément
à
en abaisser le sommet. Nous isolerions
de la sorte
sa base
du
niveau zéro de la
richesse et
permettrions
aux
plus
pauvres d'échapper
à leur condition
extrême.
Il
faudrait pour cela, non plus se focaliser sur nos inégalités
sociales mais en reconnaître les causes réelles et profondes : Plus
les êtres humains sont nombreux plus leurs besoins sont grands et
leur production stimulée pour les satisfaire, avec l'aide d'un
progrès constant. Ils s'inventent en outre sans cesse de nouveaux
besoins dont la satisfaction nécessite des moyens humains et
matériels toujours plus importants. Par le jeu des échanges de ce
qu'ils produisent et les profits qui en résultent, la richesse de la
société n'a jamais cessé d'augmenter depuis que l'homme existe –
quelles que soient les conditions de son partage et en dépit de
périodes de guerres, durant lesquelles la destruction de ces richesses dépasse leur production –, pendant que s'est
hypertrophiée sa pyramide sociale, du fait d'une multiplication
incessante de ses habitants de toutes conditions, avec prépondérance
des plus pauvres. Il faut être conscients du fait que selon la
définition de la pauvreté et la partition correspondante de notre
pyramide sociale, le nombre de pauvres y est de 6 à 20 fois celui
des riches. C'est ainsi que son sommet s'éloigne toujours plus de sa
base et que les inégalités sociales se creusent en permanence
d'autant.
Or,
la
base de cette pyramide, là où
loge la pauvreté profonde,
coïncide
avec le niveau zéro
INAMOVIBLE
de la richesse, alors que cette dernière n'a pas d'autres limites
que celles des ressources
dont
elle est tirée.
Rien
d'étonnant à ce que les inégalités sociales ne cessent de
croître. Et cela durera
autant
que les hommes et tant que richesse et pauvreté existeront l'une par
l'autre.
C'est
à partir de ce constat que doit se définir et être instauré un
revenu minimum, dont
les velléités
conceptuelles
et de financement se sont limitées jusqu'ici à une classique
redistribution d'une
part de ce possèdent les
plus riches au profit des plus pauvres, dans l'ignorance ou refusant
de
considérer les
fondamentaux
incontournables de la condition humaine, qui peuvent se résumer
comme suit :
1°-
Richesse et pauvreté – en tout – se définissent et existent
l'une par l'autre ;
sans riches point de pauvres et inversement.
2°-
Quels que soient son héritage génétique et social et les aléas de
son existence par la suite, tout être s'insère, à sa naissance, à
la place qu'un sort aveugle lui assigne dans la structure constituée
par sa pyramide sociale d'appartenance. Il en est ainsi pour toute
espèce, d'autant plus que ses membres sont différenciés, à
commencer par l'espèce humaine. C'est ainsi que socialement tout
être humain est le riche ou le pauvre de plus pauvre ou plus riche
que lui-même.
3°-
Si la richesse n'a pas d'autres limites que celles des ressources
dont elle est tirée, la pauvreté à
celle
– INAMOVIBLE
–
du niveau zéro de la richesse (dénuement total), au-dessous duquel
nul ne peut
descendre.
Considérant
le caractère incontournable de ces fondamentaux, le RUMI doit donc
se fixer pour objectif d'agir sur le seul que l'homme ait le pouvoir
de modifier, qui est le positionnement des plus défavorisés par
rapport au niveau zéro de la richesse collective.
C'est
seulement par l'instauration d'un revenu Universel
et Inconditionnel (RUMI) que
la société des hommes s'élèvera au-dessus du niveau zéro de la
pauvreté et en sera isolée, à commencer par les pauvres profonds
qui en sont les plus proches. La condition humaine pourra s'en
trouver délivrée avec la pyramide sociale qui la représente si
bien.
Le
financement en incombant à tous, proportionnellement à la position
de chacun par rapport au sommet de la pyramide sociale, Le RUMI devra
être comparable, en montant, à ce qu'est aujourd'hui le SMIC, son
versement étant dissocié de dépenses de santé réservées aux
soins. Il sera par ailleurs non cumulable avec l'indemnisation d'un
temps de travail, puisque ses bénéficiaires auront la liberté de
choisir entre travail et inactivité.
Le
marché du travail étant réservé aux citoyens ayant l'ambition
d'élever leur condition matérielle au-dessus d'un “standard”
procuré à tous par le RUMI, le chômage endémique disparaîtra. Et
si l'avenir de ce marché du travail inquiète certains, qu'ils se
rassurent. L'automatisation des tâches et l'accomplissement des plus
courantes ayant déjà commencé à être déléguées à des robots
se substituant aux humains, il sera pallié à toute pénurie de main
d’œuvre par le RUMI qui sera la solution aux innombrables
problèmes que commence à poser une telle évolution. Après les
N.T.I.C. (Nouvelles technologies de l'information et de la
communication), ne voyons-nous pas poindre les N.B.I.C.
(Nanotechnologies, biotechnologies, informatique, cognitivisme dont
l'intelligence artificielle), en attendant le transhumanisme ?
Quel
qu'en soit le détail, le revenu universel ne pourra être instauré
que progressivement avant de parvenir au RUMI préconisée ici, ne
serait-ce que pour en ajuster le financement. Sous réserve
d'inventaire plus complet, celui-ci sera notamment assuré par :
— L'impôt
payé par TOUS sur leurs revenus, proportionnellement au
positionnement de chacun dans la pyramide sociale et par rapport à
l'échelle de richesse collective.
— La
réaffectation d'aides diverses concernant des besoins couverts par
le RUMI.
— La
réaffectation d'allocations de chômage n'ayant plus lieu d'être
versées.
— Les
ressources fiscales résultant d'un supplément de consommation de la
part de la population à laquelle le RUMI fournira les moyens de
satisfaire tous ses besoins vitaux ; nouvelles ressources se
substituant il est vrai, au moins partiellement, à celles
disparaissant du fait de l'effort de frugalité des consommateurs de
biens et services superflus, nécessité par des contraintes
environnementales autant que sociales.
—
L'épargne
d'au moins une partie des aides que ne manquera pas de nécessiter un
haut degré d'automatisation des tâches et l'évolution du marché
du travail qui s'ensuivra.
Cerise
sur le gâteau : si la pauvreté est bien la première cause de
la prolifération humaine, le RUMI
sera
à coup sûr déterminant en termes de régulation démographique et
par conséquence de la décroissance économique et de la moindre
dégradation de l'environnement qui en résulteront.
Résultat d'une réflexion de véritable solidarité active, basée sur des considérations
factuelles refusant tous sentiments de frustration aussi fondés
qu'ils puissent être, le RUMI peut-il rendre l'être humain moyennement plus
heureux ? De quoi en tout cas le distraire un instant de ses problèmes de réchauffement et lui rafraîchir ne serait-ce que
l'esprit.