À la veille de COP 21(Conférence
des Nations unies sur les changements climatiques qui se tiendra à
Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015), il convient de rappeler combien l'avenir de notre planète
est entre nos mains, bien en-decà de ses conditions climatiques. Les problèmes
majeurs qui sont posés à l'humanité ne sont-ils pas en effet le résultat de
l'aveuglement et du manque de courage des responsables de tous les pouvoirs,
face aux problèmes que pose notre démographie ? Il suffit pour s'en rendre
compte de considérer le mutisme obstiné de la plupart d'entre eux à propos d'une
population mondiale passée, en un peu plus d'un siècle, de 1 à 7 milliards
d'êtres humains et promettant de ne pas en rester là. Car qui
consomme, détruit, dégrade, et pollue, sinon ces êtres humains,
alors que leur multiplication se complique de l'abolition des
frontières et des distances résultant d'un progrès et d'une
mondialisation accélérée ?
Chacun
peut se prendre à rêver à l'harmonie et aux réels bienfaits d'une
croissance qu'une régulation de cette population eut pu assurer à
l'humanité, pour des générations. Au lieu de cela, notre planète
est devenu le théâtre de désordres, de violences et de gaspillages
augmentant sans cesse et se généralisant.
Les
peuples et les classes sociales en sont à former un tout
hypertrophié, dans lequel les
individus
ayant
le moindre statut social font figure de nantis. Un peuple
de miséreux, auxquels la notion de revenu est étrangère, erre
d'un
continent à l'autre ou
s'entasse dans des bidonvilles et des camps de réfugiés pour former
un nouveau
sous-prolétariat.
Socrate doit
en remuer dans sa tombe, lui qui
prévoyait déjà que le nombre de citoyens dans la cité poserait
problème. Toujours est-il que modernes damnés de la terre, êtres
humains inférieurs soustraits au double asservissement de
l'industrie et de l'économie modernes,
les nouveaux miséreux sont les laissés pour compte d'un
matérialisme partout triomphant. Mais ces sous-prolétaires
sont-ils les victimes de notre avidité,
de notre
imprévoyance, ou d'une fatalité ?
Ils
ne sont en tout cas pas les seuls à en souffrir. Une pauvreté
moindre se développe, puisant ses effectifs dans les classes
moyennes pour augmenter le nombre de pauvres n'allant pas jusqu'à
être qualifiés de "profonds". Là encore la question se
pose : fatalité ?
Car
la fatalité existe. Notre vieillissement, bien des maladies, nos
antécédents, les cataclysmes naturels et bien d'autres événements
sont là pour nous le rappeler, à tous les instants de notre
existence qu'elle est inscrite dans la structure irrévocablement
pyramidale de la société. C'est l'un des mérites de l'homme que de
la reconnaître afin de lutter contre elle, quelles que soient les
chances de la vaincre, plutôt que de la nier, que ce soit par vanité
ou par crainte. Prendre conscience de la fatalité, là où elle se
manifeste, ce n'est pas s'y soumettre mais commencer à agir contre
elle, en évitant de le faire à la manière de ces insectes
prisonniers derrière la vitre à laquelle ils se cognent obstinément
pour retrouver leur liberté. C'est aussi refuser l'attitude de
l'autruche se cachant pour échapper à ce qui l'effraie. C'est
encore dépasser la résignation et cette désespérance qui ne font
qu'aggraver la gangrène de la misère.
Outre
les luttes sociales – aux résultats dérisoires, comparés à ce
qu'ils ont coûté et à une insatisfaction qui perdure –, la
conscience et la compassion d'une société qui n'a jamais été
aussi opulente se manifestent par des politiques et avec des moyens
tant publics que privés toujours distancés. Pour qu'il en soit
autrement, ne faudrait-il pas avoir la vision d'une situation et d'un
destin communs lucide, et non pas déformée par des croyances et des
idéologies ayant fait pendant des siècles la preuve de leur
impuissance ?
Quand
la population du globe est en voie de dépasser les 11 milliards
d'individus selon les dernières prévisions de l'ONU
http://esa.un.org/unpd/wpp/Publications/Files/Key_Findings_WPP_2015.pdf,
alors que l'humanité n'a jamais produit ni accumulé autant de
richesses, le chômage, la pauvreté et les violences qui en sont
l'aboutissement n'ont jamais été aussi préoccupants. Dans quelle
mesure cette situation et son évolution sont-elles en relation, ici
avec le nombre, là avec le surnombre ? Si les démographes sont dans
leur rôle en se montrant statisticiens plutôt que sociologues, ils
sont souvent d'une neutralité, voire d'un optimisme, méconnaissant
les effets néfastes d'une dynamique des populations vantée comme
condition première du progrès. Par ce principe sacralisé, et
certaines pratiques aberrantes – dont l'une des plus emblématiques
est l’ukase idéologique interdisant de prendre en compte des
données à caractère ethnique, religieux, etc. dans les études
menées en son nom –, la démographie renseigne bien peu sur
l'avenir qualitatif de la vie sur terre. Et ce n'est pas la promesse
d'une transition démographique qui y changera quoi que ce soit,
compte tenu du niveau mondial de peuplement d'ores et déjà atteint.
«
Que savons-nous de la pauvreté [démographie qualitative] dans le
monde ? ». Ainsi s'interrogeait le philosophe Thomas Pogge (Columbia
University, New York) en 2006, doutant de l'efficacité des
instruments employés par la Banque Mondiale pour la mesurer à
l'échelle planétaire.
À
en juger par la bataille de chiffres à laquelle continuent de se
livrer les experts, notre savoir a-t-il évolué depuis ? Il est
permis d'en douter en lisant la déclaration du millénaire de la
même Banque Mondiale, qui énumère comme suit les huit objectifs de
sa lutte contre l'extrême pauvreté :
«
1 - Les huit ODM listés ci-dessous guident les efforts de presque
toutes les organisations travaillant dans le domaine du développement
et sont devenus un cadre communément accepté pour mesurer les
progrès en matière de développement : Réduire l’extrême
pauvreté et la faim
2
- Assurer l’éducation primaire pour tous
3
- Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes
4
- Réduire la mortalité infantile
5
- Améliorer la santé maternelle
6
- Combattre le VIH/SIDA, le paludisme et d’autres maladies
7
- Préserver l’environnement
8
- Mettre en place un partenariat mondial pour le développement »
Quels
qu'en soient les résultats aujourd'hui – dont il est permis de
penser qu'ils sont autant sinon davantage un partage de la pauvreté
que de la richesse –, n'est-il pas significatif qu'aucun de ces
objectifs ne fasse clairement et directement référence à la
démographie ? Si les objectifs 2 & 3 peuvent donner lieu à une
interprétation qui en tient compte, dans le sens où une meilleure
éducation et l'autonomisation des femmes – à commencer par celles
qui sont concernées par la polygynie – pourraient les conduire à
prendre conscience du sort réservé à leur progéniture, il ne
s'agit là que de mesures dont les résultats ne peuvent se situer
que dans le long terme. Résultats d'ailleurs aussitôt
contrebalancés par ceux d'actions ayant pour effet contraire
d'augmenter la population. Cf. objectifs 4, 5 & 6.
Tout
aussi significatif est le fait qu'en janvier 2012, parmi les thèmes
cités comme étant abordés sur son site Internet, la Banque
Mondiale ne fasse pas la moindre mention de la démographie et a
fortiori de son éventuel contrôle. Voir :
Et
pourtant :
«
Si nous continuons dans cette voie, si nous ne faisons rien pour
enrayer l'accroissement de la population, nous allons en payer le
prix, nous allons nous retrouver dans un monde surpeuplé. La
démographie a un impact sur le développement économique, sur
l'environnement et sur les ressources de la Terre qui sont limitées.»
- Kofi Annan, Secrétaire général des Nations Unies (1997 - 2006)
«
L’effort à long terme nécessaire pour maintenir un bien-être
collectif qui soit en équilibre avec l’atmosphère et le climat
exigera en fin de compte des modes viables de consommation et de
production, qui ne peuvent être atteints et maintenus que si la
population mondiale ne dépasse pas un chiffre écologiquement
viable.» - Rapport 2009 du Fonds des Nations Unies pour la
Population.
Est-ce
trop espérer, que COP 21 manifeste une prise de conscience de nos
problèmes démographiques, en inscrivant leur examen à son ordre du
jour ? L'homme, qui se soucie de protéger certaines
espèces en cherchant
à équilibrer
leurs populations, ferait
bien de
commencer par
celle
à laquelle il appartient.