Croissance ou décroissance ?
L'écologie dénataliste, seule voie
d'un
développement viable
La situation de crise s'éternisant, le débat aux plus hauts niveaux se précise et s'amplifie entre partisans d'une poursuite de la croissance et ceux de la décroissance. Pourtant, l'une ne vaut guère mieux que l'autre pour résoudre des problèmes de société aux dimensions désormais planétaires, devenant chaque jour plus aigus et en annonçant de pires encore ; la solution est ailleurs ; là où nos habitudes, nos préjugés et nos peurs nous empêchent de la voir.
La croissance comme la décroissance, appliquées à la société dans son état actuel, sont vouées à l'échec, en cela qu'elles sont l'une comme l'autre suicidaires. La croissance parce qu'elle a conduit en moins de deux siècles l'humanité à des débordements qui finiront de la tuer par asphyxie, la décroissance parce que le progrès étant ce qui caractérise l'espèce humaine, l'abandonner par incapacité à en jouir raisonnablement, est ni plus ni moins que de la résignation et un aveu d'impuissance ; un renoncement au détriment des générations futures, sans compter la résistance des bénéficiaires que nous sommes tous, dont bien peu accepteront que soit mis fin à leur bien-être, ni même qu'il soit réduit. La décroissance ne se satisfera pas davantage de l'exemple donné par ses plus chauds partisans qu'elle ne pourra se contenter d'une approbation – que ce soit par le vote ou la participation à des manifestations, seraient-ils de masse. Elle ne peut être que
l'adoption, par tous, de mœurs différant en tous points de celles
pratiquées aujourd'hui par le plus grand nombre. Il ne s'agirait
plus pour quelques militants de donner l'exemple de comportements
emblématiques, mais pour tous de changer radicalement ses manières
de se nourrir, de se vêtir, de se loger, de se déplacer, de
s'organiser, ... en bref, de mettre en cause sa manière de
vivre. La décroissance ne saurait se résumer au changement de
comportement de quelques convaincus, d'autant que l'homme est viscéralement
attaché à ses habitudes, au point que comme l'a dit trivialement
quelqu'un, la seule chose dont il accepte de changer tout au long de sa vie est sa couche,
lorsque bébé il l'a souillée. Dès lors, n'est-il pas illusoire de
croire que la majorité et a fortiori la totalité des individus en
seraient capables, et avant cela, qu'elles y seraient réellement
disposées ?
Probablement, de telles
idées sont-elles difficiles, voire impossibles, à faire partager à
tous les hommes, eu égard à leur nombre, à leur diversité
culturelle et à la distance existant entre le quotidien de la
plupart d'entre eux et une réalité mondiale qui leur échappe ;
mais que proposent les pouvoirs pour y pallier ? Quel responsable va
se décider à dénoncer l'impuissance de ces deux voies que sont
croissance et décroissance en l'état, pour en préconiser une troisième,
seule viable. C'est en effet seulement avec une population moindre,
maîtrisant et dosant ses efforts de productivité, orientant sa
créativité vers la recherche du mieux plutôt que du toujours plus
que la société produirait moins, ou pourrait moins produire, moins
consommer et moins gaspiller. C'est la seule chance de tous ceux qui
la composent, quelle que soit la place qu'ils y occupent et le rôle
qu'ils y jouent, de continuer à bénéficier de l'essentiel des
avantages que le progrès leur a procuré au cours des siècles, et
dont l'abus mène la planète et l'espèce humaine à l'épuisement.
Par ailleurs, le nombre de pauvres se réduisant proportionnellement à l'occupation d'une pyramide sociale moins peuplée, l'équilibre social dont le premier ennemi est le surnombre pourrait être utilement recherché. Le poids de la pauvreté étant moindre, la société ne pourrait qu'y gagner en efficacité dans son rôle, humanitaire par nécessité au détriment de l'humanisme, pour tenter de compenser une injustice sociale héréditaire et structurelle. Dans ce même but, elle pourrait réorienter sa pression sur ceux dont les moyens doivent être d'œuvrer à un progrès profitable à tous, plutôt que de se limiter à les ponctionner sans discernement.
Il appartient aux
pouvoirs, notamment religieux, politiques et scientifiques, dont les
représentants sont si rares à avoir perçu l'absurdité d'une
croissance industrielle et économique vouée à l'échec en raison
de l'augmentation démesurée de la population à laquelle elles
était censée profiter, de réparer les dégâts s'il en est encore
temps. Il leur suffit pour cela de concevoir, multiplier et amplifier
les initiatives auxquelles ont déjà pensé certains, visant à
aligner les taux de natalité des plus pauvres – 6 à 8 en
certains pays – sur ceux des nantis – 2, environ, suffisant au
renouvellement des générations ?
À ceux qui ferait un
argument opposable à une réduction de la population mondiale du
fait que la vie au début du XIXème
s. ou antérieurement, avait tout à envier à celle que nous
menons de nos jours, il doit être rappelé que la non satisfaction
des hommes quant à leur sort s'est plutôt accrue depuis et surtout
que le progrès, en dépit de ses effets pervers, a certainement été
plus déterminant que la démographie dans l'amélioration du niveau
de vie de la société en général.
Une stabilisation, et a
fortiori une réduction du nombre d'habitants de notre planète peut
par ailleurs susciter une objection d'ordre éthique, au motif
qu'elle contrarierait l'augmentation continuelle de la population,
couramment considérée comme une fatalité. Mais dénatalité ne
signifie pas atteinte au vivant. L'alignement des taux de natalité
des catégories sociales défavorisées sur ceux pratiqués par
celles qui ne le sont pas, n'est en rien comparable à des pratiques
abortives ou pires. Et pour ceux qu'un sort aveugle condamne à
peupler la base de la pyramide sociale, qui pourraient regretter
qu'ils puissent échapper en plus grand nombre à un tel sort, dans
une société de plus en plus encombrée et offrant de ce fait, à
ceux qui le voudraient, de moins en moins de chances de modifier par
eux-mêmes leur condition ? Une dénatalité voulue n'est-elle pas
préférable à cette sélection naturelle qui élimine l'excédent
de semences de toutes espèces pourtant promises à la vie, comme il
en est de ces innombrables spermatozoïdes, graines et autres sources de vie? Devons-nous attendre de la faim, de la maladie
ou la guerre, l'élimination d'un excédent d'effectif humain, à
commencer par les plus vulnérables.
Le
progrès, dont la croissance est indissociable, pourrait se
poursuivre au bénéfice d'une société moins nombreuse et allégée
d'une part considérable de sa pauvreté. Un socle démographique
ramené à ce qu'il était à l'époque des premières révolutions
industrielles, scientifiques, technologiques et économiques,
permettrait d'en poursuivre le cours en tirant les enseignements
d'une prolifération qui en ruine les effets bénéfiques. À défaut,
une tout aussi problématique stabilisation de la population à son
niveau actuel constituerait un objectif moins ambitieux et décisif, qui laisserait la société face à ses difficultés et au vœu
pieu que ses dirigeants finissent par se montrer capables de les
maîtriser, sachant : 1°/ Que la réduction des taux moyen de
natalité, incontournable en tout état de cause, générera un
vieillissement de la population qui, pour être passager n'en sera
pas moins source de problèmes supplémentaires. 2°/ Que autant la
croissance que la décroissance seront interdites à plus ou moins
brève échéance.
Quoi
qu'il en soit, il appartient à l'élite et aux sociologues,
démographes et autre experts des disciplines et sciences concernées
de guider la société dans son choix, dont seul celui d'une
croissance au bénéfice d'une population moindre pourra lui
permettre de poursuivre son chemin, dégagé de l'abus majeur dont
nul n'a su anticiper les effets catastrophiques.
« Le paradis c'était
hier ... chacun se souvient d'un monde où nous étions moins
nombreux, plus heureux, plus libres » (Alan Wiesman - Compte à
rebours – Flammarion janv. 2014). Nous pouvons retrouver, sinon le
paradis, du moins plus de bonheur et de liberté, si nous avons le
courage d'identifier et d'affronter sans tergiverser la raison
majeure de leur anéantissement, qu'est la surpopulation.
Rappel
Chaque jour, 220 à 250
000 êtres humains déferlent sur notre planète pour s'ajouter à sa
population, qui dépassera 9 milliards vers 2050 et 11
milliards au début du prochain siècle. Par l'effet de la structure
de la société et du sort qui les fait naître ce qu'ils sont, les
pauvres qui représentent la grande majorité de ces nouveaux
arrivants vont s'ajouter à ceux qui surpeuplent déjà la base d'une
pyramide sociale atrophiée, dont le sommet s'élève inexorablement en accentuant les écarts qui y règnent. Et la
répartition – bon gré mal gré – de ces surcroîts de
population miséreuse, partout où cela peut contribuer à les
résorber, nourrit et accentue la pauvreté et les inégalités,
causes autant que conséquences de tous nos maux. Mais il s'agit d'un
sujet tabou que se limitent à exorciser les pouvoirs par un
développement prétendument durable, lorsqu'ils n'attendent pas une
rémission d'une hypothétique transition démographique qui ne
pourrait dorénavant qu'intervenir trop tard.
Quels que soient les
indicateurs et autres indices inventés partout dans le monde, au gré
des idéologies dominantes, si l'appauvrissement des ressources de la
planète et la dégradation de notre environnement s'accélèrent, si
le chômage devient incontrôlable, si les pauvretés individuelles
se multiplient, si les inégalités se creusent, si les désordres et
les violences se multiplient et s'amplifient, la raison en est avant
tout l'augmentation considérable de la population mondiale et celle
de la richesse globale qu'une partie de cette même population suffit
à générer par son activité, avec l'aide de techniques dont nous
devenons tous les esclaves, le partage de cette richesse étant une
toute autre affaire.
