Il n'est de richesse que d'hommes
Quand le taux de pauvreté dans le monde aurait été réduit de moitié en vingt ans, "taux de pauvreté" et "pauvreté" n'ont pas la même signification, d'autant que outre les variations de valeur comme de parité des monnaies, le revenu minimum estimé des pauvres profonds varie, selon les sources, de 1 dollar à 2 dollars/jour, (ce qui va tout de même du simple au double). Si ce revenu de référence peut être ajusté, la pauvreté elle, ne baisse pas ; elle augmente au contraire inexorablement ; quelle que soit l'aune à laquelle elle est mesurée, elle s'adapte à la démographie, les pauvres se multipliant à une cadence qui est 20 fois celle des riches.
Pauvreté et richesse, sont des
discriminants sociétaux, héréditairement structurels, aussi relatifs
qu'incontournables ; et les inégalités de toutes sortes qui en
résultent viennent s'ajouter à celles pouvant être qualifiées de
naturelles et qui sont les premières à distinguer les individus les
uns des autres.
En occident comme ailleurs, dans les
pays développés comme dans les autres, la société des hommes est,
a toujours été et sera jusqu’à sa fin, faite d’inégalités.
Comme les riches y sont plus rares que les pauvres, l’exception s'y
distingue de la généralité ; le pouvoir du peuple, la force de la
faiblesse, l’intelligence de la sottise, le savoir de l’ignorance
, etc. ; dans tous leurs aspects. Et plus les richesses augmentent –
qu’elles soient d’ordre matériel ou immatériel –, plus
s’accroît l’écart entre le sommet d'une pyramide sociale qui
n’a pas d’autres limites que les ressources de la
planète et l'avidité de ceux qui les convoitent avec, à l’opposé, une base inamovible coïncidant avec le niveau zéro de la richesse, au-dessous duquel nul ne peut descendre.
A l'appui de cette réalité
fondamentale, il existe des chiffres et un mécanisme vieux comme le
monde, dont il serait grand temps de prendre clairement conscience,
pour tenter de secourir durablement les plus nécessiteux d’entre
nous : À l’aube de notre ère, la Terre était peuplée d’environ
250 millions d’êtres humains. Elle en compte près de 8 milliards
aujourd’hui, dont 1 milliard à 1 milliard et demi vivraient un
état de pauvreté profonde. L’homme a ainsi créé, en 20
siècles, 5 fois plus de miséreux qu’il y avait d’êtres humains
de toutes conditions sur terre au début de son entreprise
civilisatrice, et chaque jour, plus de 250 000 individus
s'ajoutent à la population terrestre, qui devrait atteindre 9
milliards vers 2050 et dépasser 11 milliards au début du prochain
siècle. Par l'effet de la structure de la société et du sort qui
les a fait naître tels qu'ils sont, pénalisés par des taux de
natalités les plus élevés, les pauvres – qui ne peuvent enfanter
que des pauvres quels que soient leur parcours par la suite – représentent la grande majorité de ces nouveaux
arrivants et vont s'ajouter à ceux qui occupent déjà la base de la
pyramide sociale. Et c'est ainsi :
- Que pauvreté, inégalités, pillage
des ressources naturelles sont autant de maux contre lesquels les
politiques environnementales, économiques et sociales des États,
comme des collectivités qui les composent, ne peuvent avoir de sens
que si sont pris en compte les fondamentaux de la démographie
mondiale et les problèmes de surpopulation qu'elle génère
inexorablement, au détriment d'une planète mutilée de toutes parts
et par voie de conséquence, des espèces qui la peuplent.
- Que si la pauvreté augmente, si les
inégalités se creusent, si les désordres et les violences se
multiplient, les raisons en sont avant tout l'accroissement
considérable de la population et celle de la richesse globale qu'une
partie de cette même population génère par son activité, avec
l'aide des sciences et des techniques, quelles que soient les
conditions du partage de cette richesse.
La croissance démographique – sujet
tabou que trop peu d'experts osent aborder – est à l'origine de
tous nos maux et en particulier du développement de la pauvreté. Et
ceux qui, dans de grands élans de générosité inspirés aussi bien
du marxisme que du christianisme et autres doctrines et idéologies
ayant toutes prouvé leur impuissance dorénavant bi-millénaire,
veulent imposer la dictature du prolétariat ou pour le moins leur
vision compassionnelle de cette pauvreté, sont en réalité, par
incapacité de concevoir ou refus d'affronter la réalité, les
promoteurs de cette dernière, au détriment premier de ceux qui en
souffrent. Croyant ou prétendant lutter pour ces derniers, ne
s'obstinent-ils pas à entretenir une lutte des classes dont les
avatars prouvent dorénavant l'archaïsme ? Ne sont-ils pas davantage
préoccupés – dans leur impuissance –, à rejeter sommairement
sur la seule collectivité, la responsabilité du destin des pauvres
que du partage des richesses du monde ? Ne négligent-ils pas ce
faisant, la part prépondérante qui en incombe à chacun, pauvres
compris ? Quel que soit le sort de chacun, il est d'abord dû à sa
naissance, et vouloir l'ignorer ne fait que retourner l'angoisse et
la colère des plus déshérités contre eux-mêmes, les enfonçant
toujours plus dans leur condition en perdant de vue qu'elle est avant
tout due aux hasards de sa naissance. C'est par conséquent sur ce terrain qu'il
faut la combattre, en luttant contre les effets d'un nombre puis d'un
surnombre qui nous éloigne chaque jour un peu plus du bonheur auquel
nous aspirons.
"Il n'est de richesse que
d'hommes" ont proclamé Jean Bodin et quelques autres économistes bien pensant, avant qu'il soit maintenant question de “potentiel” ou de “capital humain”. mais de quoi est faite exactement cette
richesse ? Au prix de quelle misère et avec quelles perspectives ?
Qui en fait les frais ? À qui profite-t-elle ? De quel respect, de
quelle considération l'Individu est-il l'objet, dans une telle
affirmation ? Là sont les véritables questions que devrait se poser une société plus désireuse de
voir croître le nombre de ses membres que soucieuse de leur bonheur.